Comment financer son projet de restaurant en Suisse quand on n'a pas assez d'apport personnel ?
- 8 août
- 4 min de lecture

C'est la question que nous recevons le plus souvent de la part de porteurs de projet qui souhaitent ouvrir un restaurant ou implanter une enseigne F&B en Suisse : "Je n'ai pas assez de fonds propres, comment puis-je quand même financer mon projet ?"
Bonne nouvelle : un apport insuffisant ne signifie pas nécessairement un projet impossible à financer. Il existe tout un écosystème d'outils conçus précisément pour cela. Voici un tour d'horizon complet des solutions à connaître.
Pourquoi l'apport personnel est-il si déterminant ?
Avant de chercher des solutions, il faut comprendre la logique bancaire. Les banques suisses n'ont pas vocation à financer 100% d'un projet de restauration : elles exigent généralement un apport de fonds propres compris entre 20 et 30% du besoin financier total.
Concrètement, pour un projet nécessitant CHF 100'000.-, une banque attendra que vous apportiez vous-même entre CHF 20'000.- et CHF 30'000.-, le solde étant couvert par un crédit. Cet apport joue un double rôle : il démontre votre engagement personnel dans le projet, et il réduit le risque supporté par la banque. Plus il est élevé, meilleures sont vos conditions de financement, mais son absence totale ne rend pas nécessairement le projet infinançable, à condition de mobiliser les bons outils complémentaires.
Solution n°1 : le cautionnement, la clé d'accès la plus utilisée
Quand les fonds propres ou les garanties personnelles manquent, la première solution à explorer en Suisse romande est le cautionnement. Le principe : un organisme se porte garant auprès de votre banque pour une partie du crédit, sans vous prêter d'argent directement. Cela réduit d'autant le niveau de garanties personnelles que la banque exigera de vous.
Cautionnement Romand est l'acteur de référence pour les cantons de Genève, Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Valais et Jura :
Caution accordée jusqu'à CHF 1'000'000.-
Concerne aussi bien la création, la reprise ou la transmission d'entreprise que l'acquisition de machines, de stocks ou les besoins en trésorerie
Le mécanisme est soutenu par la Confédération, qui couvre jusqu'à 65% du risque de perte supporté par les coopératives de cautionnement, ce qui leur permet d'accepter des dossiers que les banques refuseraient seules.
À noter : d'autres coopératives interviennent dans le reste de la Suisse, CC Centre, BG OST-SÜD, et la SAFFA, dédiée spécifiquement aux femmes entrepreneures.
Solution n°2 : les fondations et aides genevoises
Le canton de Genève dispose d'un écosystème particulièrement développé pour soutenir les créateurs d'entreprise, y compris dans la restauration.
La Fondetec
Finance des projets ancrés dans le canton de Genève, généralement jusqu'à CHF 150'000.- à CHF 500'000.-
Propose des prêts à taux préférentiel, remboursables sur 5 ans
Condition d'éligibilité stricte : seuls les projets ayant leur siège dans la commune concernée sont éligibles
Sélection basée sur la viabilité économique du projet et la qualité du business plan
Si vous êtes installé dans un autre canton, renseignez-vous auprès de la promotion économique cantonale : la plupart des cantons disposent de dispositifs équivalents (SPEI et ADNV dans le canton de Vaud, par exemple), ou peuvent vous orienter vers un cautionnement facilité.
Solution n°3 : mobiliser votre 2e et 3e pilier
C'est une option spécifiquement suisse : un retrait anticipé de vos avoirs de prévoyance peut compléter votre apport personnel.
2e pilier (caisse de pension) : retrait anticipé possible pour financer le lancement d'une activité indépendante
Pilier 3a : retrait anticipé également envisageable dans le même but.
Cette option mérite une réflexion approfondie, car elle engage votre sécurité financière à long terme, mais elle reste une des sources d'apport les plus fréquemment citées par les banques elles-mêmes.
Solution n°4 : le "friends & family money"
Faire appel à la famille ou aux proches reste une pratique courante et parfaitement intégrée dans les montages financiers. Les coopératives de cautionnement elles-mêmes présentent des exemples types associant crédit familial et crédit bancaire garanti. Pour un projet de création nécessitant CHF 450'000.-, un montage courant peut ainsi se répartir comme suit :
Poste | Montant |
Crédit d'investissement garanti par les parents | CHF 100'000.- |
Crédit d'exploitation accordé par la banque | CHF 50'000.- |
Crédit bancaire complété par un cautionnement | CHF 300'000.- |
Total | CHF 450'000.- |
Ce type de montage illustre bien comment plusieurs sources peuvent se combiner pour compenser un manque de fonds propres personnels.
Solution n°5 : le leasing d'équipement
Plutôt que d'acheter cash votre matériel de cuisine, votre caisse enregistreuse ou vos équipements techniques, le leasing permet de préserver votre trésorerie disponible et de réduire d'autant le capital initial à mobiliser. C'est un levier simple, souvent sous-exploité, qui peut alléger significativement votre plan de financement de départ.
Solution n°6 : le crowdfunding
Moins répandu dans la restauration suisse que dans d'autres secteurs, le financement participatif, via des plateformes comme WeMakeIt, permet de lever des fonds complémentaires tout en créant, en amont de l'ouverture, une communauté de futurs clients déjà engagée dans votre projet. L'effet marketing peut parfois valoir autant que les fonds levés.
Solution n°7 : les leviers de négociation souvent oubliés
Deux pistes complémentaires, moins visibles, mais réelles :
Le crédit fournisseur : négocier des délais de paiement avec vos fournisseurs pour limiter votre besoin en fonds de roulement au démarrage
Une période de franchise de loyer : certains bailleurs acceptent d'accorder quelques mois sans loyer en début de bail, le temps de lancer l'activité.
Le vrai facteur de succès : la qualité du dossier
Aucun de ces dispositifs ne remplace un dossier de financement solide. Qu'il s'agisse d'un cautionnement, d'un prêt Fondetec ou d'une négociation bancaire classique, les organismes examinent systématiquement :
Un business plan complet et cohérent
Un prévisionnel financier réaliste sur 3 à 5 ans (compte de résultat, budget de trésorerie, plan de remboursement)
Une étude de marché convaincante
Votre expérience professionnelle dans le secteur de la restauration
Votre situation financière personnelle (taux d'endettement, historique bancaire)
Un délai de six à huit semaines est généralement à prévoir entre le dépôt d'un dossier complet et la signature du crédit.
En résumé
Un apport personnel insuffisant n'est donc pas une fatalité, c'est un point de départ qui appelle une stratégie de financement plus fine, combinant souvent plusieurs de ces leviers.
Chez Fondeco, nous accompagnons les porteurs de projet dans la construction de ce montage financier et dans la préparation d'un dossier convaincant pour maximiser les chances d'obtenir un financement, quel que soit le niveau de fonds propres de départ.
Vous avez un projet de restaurant ou d'enseigne F&B en Suisse et souhaitez faire le point sur votre stratégie de financement ? Contactez-nous pour un audit personnalisé.


